CHRONIQUES DÉCO

Chroniques déco – Chapitre 9 – Le tableau d’humeur

Les soirées de Romy avaient pris un nouveau rythme. Le calme d’abord.

Puis elle avait repris ses petites habitudes de rooibos fumant, en fin d ‘après midi! Là, il trônait sur la table de son arrière-grand-mère, à côté d’un petit tas de magazines de décoration qu’elle avait acheté chez le marchand de journaux du quartier.

Elle les avait choisis un peu au hasard. Couvertures séduisantes, intérieurs lumineux, promesses de maisons parfaites…

Mais au bout de quelques pages, Romy se retrouva avec un problème inattendu: Elle aimait trop de choses.

Une cuisine bohème avec des étagères ouvertes.
Un salon minimaliste baigné de blanc.
Une chambre aux murs terracotta.
Un fauteuil vintage en velours vert forêt.
Un salon maximaliste très foncé…. 

Chaque page lui donnait envie de tourner la suivante, chaque intérieur semblait possible.

Résultat : une confusion joyeuse.

C’est là qu’elle repensa à la décoratrice qu’elle suivait sur Internet. Dans l’une de ses vidéos, cette pro expliquait calmement qu’avant d’acheter le moindre coussin, il fallait faire un « moodboard ».

Un moodboard? Le mot l’avait fait sourire. Mais l’idée lui avait plu.

Un moodboard, expliquait la décoratrice, c’était simplement une planche visuelle. En anglais, moodboard veut dire tableau d’humeur…Une sorte de carte mentale décorative qui rassemble les couleurs, les matières, les objets, les atmosphères que l’on aime. En clair : une boussole.

Une manière d’éviter de s’éparpiller et de craquer pour n’importe quel objet séduisant dans un magasin.

Alors Romy s’était lancée. Elle avait vidé les magazines sur la table, déchiré ce qui lui plaisait.

Elle avait sorti une paire de ciseaux et commencé à découper.

Un canapé bleu profond.
Un tapis berbère.
Une suspension en laiton.
Un mur couleur sable.
Un papier peint fleuri dans une salle de bains vintage.
Un plaid en fausse fourrure rose poudré.

A première vue, pas grand chose n’allait ensemble!

Au début, elle découpait à l’instinct. Sans réfléchir.

Une texture qui lui plaisait, une couleur qui lui rappelait un voyage, un tissu qui lui donnait envie de s’y envelopper.

Très vite, la table fut envahie.

Des images partout. Des bouts de papier. Des fragments d’intérieurs. Des morceaux de rêve.

Elle les étala devant elle comme un puzzle, puis elle commença à jouer. Elle rapprochait deux images, puis trois. Elle observait les dialogues qui naissaient.

Le lin froissé avec le bois brut.
Le noir profond avec un beige sable.
Une céramique artisanale avec une lampe très contemporaine.

C’était un travail étrange. Presque artistique.

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Romy testait des associations, les défaisait, les recomposait. Comme une peintre qui chercherait l’équilibre de sa palette.

Les textures se répondaient. Les matières s’accordaient. Petit à petit, quelque chose prenait forme: Une ambiance, pas une accumulation d’objets, mais plutôt une atmosphère.

Elle repensa à un autre conseil de la décoratrice: Sur une planche déco, il faut toujours un accent. Un élément qui surprend. Un contraste.

Alors Romy chercha. Elle observa sa composition.

Des tons naturels.
Du bois.
Du lin.
Des couleurs douces. Du rose, du beige, du floral fané.
Du noir et du bleu marine.

C’était joli, mais peut-être un peu sage.

Alors elle ajouta un élément inattendu.

Un motif graphique qui lui faisait de l’œil. Un papier peint rayé noir et blanc, tellement classe. Elle avait toujours trouvé que c’était à la fois chic et brut.

Instantanément, la planche s’anima, le contraste réveillait tout le reste.

Elle sourit.

— Pas mal, Romy.

Quand elle fut satisfaite, elle sortit une grande feuille A3.

Elle colla soigneusement les images choisies, une à une.

Ce n’était plus un simple collage, c’était une vision. Une promesse.

Son futur intérieur commençait à respirer à travers ces fragments de papier.

Elle recula d’un pas pour observer le résultat. Elle découvrait SA planche d’humeur, pour SON nouveau lieu de vie!

Et elle se fit une promesse. Elle n’achèterait presque rien de neuf. Depuis des années déjà, elle se tenait à l’écart du Black Friday. Cette grande foire mondiale où l’on remplit des paniers pour se persuader qu’on fait des économies. Elle avait vu trop de reportages sur la fast déco. Ces meubles produits à toute vitesse, toutes ces tendances jetables et ces intérieurs copiés-collés.

Non.

Son appartement méritait autre chose. Romy préférait la slow déco.

Prendre son temps. Chiner. Chercher. Découvrir. Les brocantes, les vide-greniers, les petits marchés du dimanche matin, elle adorait ces endroits. On y trouve des objets singuliers, des lampes un peu bancales, des fauteuils qui ont déjà vécu plusieurs vies.

Mais surtout, on y rencontre des gens et des histoires.

Elle se remémora cette dame d’un certain âge qui lui avait raconté d’où venait ce vase, ou encore ce collectionneur passionné de vinyles… C’était presque un voyage dans le temps.

Et puis, il y a une satisfaction discrète. Acheter de la seconde main, c’ést aussi une manière de faire un petit geste pour la planète.

Moins produire, moins jeter, donner une seconde vie aux objets. Elle avait toujours eu un petit faible pour le personnage de Vivienne Westwood, cette styliste anglaise carrément punk qui avait eu la bonne idée de déclarer: « Buy less, choose well and make it last! » – en bon français « Achetez moins, choisissez mieux et faites durer »! Cette phrase résumait parfaitement sa philosophie de consommation responsable, et Romy essayait de l’appliquer le plus possible dans son quotidien.

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Assise devant son moodboard, Romy regarda les images. Elle imagina déjà les brocantes à venir: Les trouvailles imprévues et les objets qui, un jour, prendraient place dans cet appartement.

Et pour la première fois depuis longtemps, l’idée de décorer un lieu ne lui semblait plus être une contrainte, c’était devenu une aventure. 

👉La chronique précédente est ici👈

La suite la semaine prochaine

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