
Chroniques déco – Chapitre 13 – Le désordre des vivants
Quelques jours plus tard, Romy se retrouva dans une galerie. Un de ces lieux blancs, presque silencieux, où les murs semblent retenir leur souffle pour laisser parler les œuvres.
Elle n’était pas venue seule. Son amie Sophie l’avait entraînée à ce vernissage, un verre de champagne déjà à la main, l’œil pétillant.
– Tu vas voir, il y a un artiste incroyable.
Romy n’attendait rien. Et c’est souvent là que quelque chose arrive.
Les toiles étaient grandes, vibrantes, presque bruyantes. Des éclats de couleurs. Des gestes larges. Une énergie brute.
Romy sentit le temps se plier doucement. Quelque chose, dans cette galerie, avait ce petit air… familier.
Une énergie. Une liberté dans le trait. Comme un écho lointain. Un petit air de Miró.
– Décidément! Se dit elle! Tout me ramène À Barcelone en ce moment! Serait ce un signe?
En 1993, lors de son stage, la ville semblait en mouvement permanent. Et dans ses rues, sur ses murs, dans ses musées… il y avait ces formes, ces couleurs franches, ces lignes presque enfantines… mais d’une précision troublante.
Miró.
Cent ans plus tôt, quelque part en Catalogne, naissait un enfant nommé Joan. Et un siècle après, ses œuvres semblaient encore habiter dans la ville. Une année de commémoration.
Avant Barcelone, Romy n’avait jamais entendu parler de lui. Et puis il y avait eu ce choc.
La première fois. Cette sensation étrange de ne pas tout comprendre… mais de tout ressentir.
La puissance du dessin. L’amplitude du mouvement. Une symbolique presque primitive.
Elle retrouvait cette vibration dans les toiles exposées sous ses yeux. Pas une copie, ni une référence évidente, mais plutôt un air de famille.
Comme si, quelque part, les lignes de Miró avaient traversé le temps.
Elle s’approcha. Les pigments semblaient encore vivants, comme si la peinture n’était pas totalement sèche.
– Alors ça vous inspire?
La voix venait de derrière elle. Elle se retourna et le vit.
Cheveux un peu longs, volontairement indisciplinés, une mèche qui tombait juste ce qu’il faut sur le front.
Des yeux bleus, très clairs. Presque trop. Le genre de regard dans lequel on peut facilement se perdre… ou se raconter des histoires.
– Oui… on a l’impression qu’elles bougent, répondit-elle.
Il sourit.
– C’est le but.
Il s’appelait Sacha. Ils parlèrent peinture. Voyage. Couleurs. Mais surtout, ils se regardaient.
Un peu plus longtemps que nécessaire. Un peu plus intensément que raisonnable. Le champagne aidait sans doute, ou peut-être pas. Il y avait chez lui quelque chose de… vivant. Une forme de désordre séduisant, une certaine liberté.
Plus tard dans la soirée, quand il lui proposa de lui montrer son atelier, juste au-dessus de la galerie, elle n’hésita pas longtemps. Par curiosité, par envie, par cette petite tension douce qui s’était installée entre eux.
L’escalier était étroit. Le bois grinçait légèrement sous leurs pas. Plus ils montaient, plus l’odeur changeait. Peinture. Térébenthine. Quelque chose de chaud, presque organique.
La porte s’ouvrit. Et là… Un monde. Ici, tout débordait. Des toiles partout. Posées au sol, accrochées aux murs, empilées les unes contre les autres.
Des pinceaux dans des pots.
Des tubes de peinture ouverts.
Des palettes dégueulant de couleurs. Des tissus. Des livres. Des croquis.
Un canapé fatigué, recouvert de plaids.
Des coussins qui ne semblaient pas assortis… mais qui, étrangement, fonctionnaient ensemble.
Une plante immense dans un coin, un peu penchée, comme si elle cherchait la lumière. Des bougies à moitié fondues. Un chaos.
Mais un chaos… habité.
Romy fit quelques pas. Ses doigts frôlèrent une toile. Elle sentait la matière, les reliefs, les accidents.
– Désolé, c’est un peu le bazar, dit Sacha.
Elle sourit.
– Non… c’est vivant et puis c’est un lieu de création non?
Il s’approcha. Un peu. Puis encore. La distance se réduisait. Naturellement, comme une évidence.
Elle sentit sa présence avant même qu’il ne la touche. Une chaleur. Un souffle.
Ses yeux plongèrent dans les siens. Plus rien autour. Ou presque.
Parce qu’une partie d’elle… regardait encore, un détail, une couleur, une accumulation.
Toujours cette habitude. Observer. Comprendre.
Mais quand sa main se posa doucement sur son bras, elle revint, complètement. Le contact était simple, mais précis. Il la rapprocha légèrement.
Elle ne résista pas.
Leurs visages se frôlèrent. Un instant suspendu. Puis leurs lèvres se rencontrèrent. Doucement. Sans précipitation.
Un premier baiser. Exploratoire. Comme si chacun cherchait le rythme de l’autre.
Le goût du champagne, la chaleur de la peau, un léger vertige. Ses mains glissèrent dans son dos, les siennes remontèrent le long de son cou.
Un second baiser, plus affirmé. Romy sentit quelque chose se réveiller. Une énergie. Une pulsation.
Mais au milieu de ce moment… Son regard s’échappa une fraction de seconde. Un détail. Un coin de la pièce.
Une accumulation de cadres, de tissus, d’objets.
Trop. Beaucoup trop.
Comme si l’espace ne respirait pas. Elle revint à lui. À ses lèvres. À ses mains. Mais quelque chose s’était légèrement déplacé.
Une petite alerte, presque imperceptible.
Le chaos était séduisant, enivrant, même.
Mais pouvait-elle y vivre, y trouver du calme, du repos ? Du silence ?
Quand elle quitta l’atelier, un peu plus tard, la nuit était tombée. Elle marcha quelques minutes. Sans parler. Sans musique. Juste avec ses pensées.
Romy sourit doucement.
Son intérieur, comme sa vie, ne serait ni verrouillé… ni débordant. Il serait autre chose. Quelque chose à elle.
En tous cas, ça fait longtemps qu’elle ne s’était pas senti désirée comme ça! Ça lui fit un bien fou!
En rentrant chez elle cette nuit là, Romy ne pensa pas immédiatement à Sacha. Elle pensa aux couleurs.
Pas seulement à celles qui couvraient les toiles de son atelier. À celles qui semblaient habiter l’homme lui-même.
Il y avait chez lui des bleus qui respiraient, des jaunes qui éclataient de joie, des rouges qui n’avaient pas peur d’exister. Même le désordre semblait avoir sa palette.
En refermant doucement la porte de son appartement, elle balaya du regard les quelques objets déjà installés. Son style prenait forme.
Mais une question restait suspendue, comment choisit-on les bonnes couleurs pour son intérieur?
Celles qui racontent une histoire, qui réchauffent une pièce, qui apaisent.
👉La chronique précédente est ici👈
La suite la semaine prochaine
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Divorce Maison déco
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2 commentaires
Mamlna
😍😍😍😍😍💓👍💓💓
Designer de Bonheur
Merciiii 🥰