
Comment Singapour a transformé le béton en jungle : la leçon de design naturel qui change tout
Le Singapour que je vous présente ici ne ressemble définitivement pas à celui que j’ai découvert en 1988 – j’avais 18 ans, alors que j’y passais quelques jours avant de partir vivre une année en Australie. À l’époque, j’avais rencontré une ville ultra-organisée, propre, efficace… presque trop. Une cité très minérale, très maîtrisée, où le béton dominait encore largement le paysage.



Rien ne laissait vraiment présager la métamorphose à venir.
Aujourd’hui, le contraste est saisissant. La rigueur est toujours là, mais elle s’est mise au service du vivant. Là où il y avait surtout de la ville, il y a désormais de la jungle. Là où l’architecture imposait sa loi, elle dialogue avec la nature.
Et c’est précisément ce grand écart — entre le Singapour d’hier et celui d’aujourd’hui — qui rend cette ville si inspirante. Parce qu’il nous rappelle une chose essentielle : rien n’est figé. Ni les villes. Ni nos intérieurs. Ni nos façons d’habiter le monde.
Quand Singapour fait pousser la jungle dans le béton
Bienvenue dans une cité-État minuscule par la taille (734 km², pas plus grand qu’un mouchoir de poche), mais gigantesque par la vision. À Singapour, on a pris une décision radicale : arrêter de demander à la nature de rester sagement à l’extérieur de la ville. Ici, elle grimpe aux façades, s’installe sur les toits, s’invite dans les tours… et franchement, elle s’y sent très bien.
À tel point qu’on ne sait plus très bien où s’arrête l’architecture et où commence le vivant. Et c’est exactement ça qui me passionne. Parce que décorer autrement, ce n’est pas ajouter trois plantes vertes en fin de projet. C’est changer de regard. Et Singapour l’a fait à l’échelle d’un pays.



La nature comme infrastructure (non, pas comme option déco)
Depuis les années 60, Singapour poursuit une idée aussi simple que révolutionnaire : devenir une City in a Garden. Pas une ville avec des jardins. Une ville dans un jardin. Nuance essentielle.
Pendant que d’autres villes construisent d’abord et verdissent ensuite (quand il reste de la place), Singapour a choisi de bâtir avec le vivant. Résultat :
• des gratte-ciels qui se transforment en jardins verticaux,
• des routes bordées de plus de 2 millions d’arbres,
• près de 50 % du territoire recouvert de végétation.
Et non, ce n’est pas juste pour faire joli sur Instagram. Cette végétation rafraîchit la ville, purifie l’air, absorbe l’humidité, fait revenir les oiseaux, les insectes, la vie. Bref, elle soigne la ville… et ceux qui y vivent.




Des lois pour faire pousser le vert (oui, des lois)
À Singapour, la nature n’est pas une lubie d’architecte sensible. C’est une obligation. Noir sur blanc. Et ça, j’adore.
🌱 Le programme LUSH
Depuis 2008, une règle limpide :
Tu prends du sol ? Tu rends du vert.
Concrètement, si un bâtiment occupe 1 000 m² de terrain, il doit restituer 1 000 m² de végétation, répartis sur les toits, les terrasses, les façades. Mieux encore : plus tu végétalises, plus tu peux construire. Oui, la ville récompense les bons élèves.
Avec les versions récentes (LUSH 3.0), on va encore plus loin : potagers urbains, agriculture sur les toits… la ville devient productive.
🌿 Le Skyrise Greenery Incentive Scheme
Et pour les bâtiments déjà là ? Ce dispositif permet de végétaliser les bâtiments existants, qu’ils soient publics ou privés.
La ville aide à financer jusqu’à 50 % du coût des toits et murs végétalisés. Résultat : même l’existant se met au vert. Pas d’excuse.
Quand l’architecture respire (et nous avec)
Ces règles ont donné naissance à des bâtiments qui ne cherchent plus à impressionner par la hauteur… mais par leur capacité à vivre.
🌺 Oasia Downtown Hotel – la tour qui respire
Au cœur du quartier d’affaires, cette tour rouge imaginée par WOHA Architect ressemble à une anomalie délicieusement végétale.
• 1 800 jardinières,
• 54 espèces de plantes,
• une vraie canopée verticale où oiseaux et insectes ont élu domicile.
Cerise sur le gâteau : le bâtiment restitue dix fois la surface de son terrain en végétation. Oui, dix.
Grâce à ses jardins suspendus ouverts et à la ventilation naturelle, il est jusqu’à 6 °C plus frais que ses voisins. Comme quoi, la nature fait mieux que la clim.



🌴 Marina One – la forêt au milieu des tours
Imagine quatre tours ultra-denses… et au centre, pas un vide triste, mais un cœur vert battant. Bienvenue à Marina One.
• 37 000 m² de jardin tropical,
• 160 000 plantes,
• 700 arbres.
L’architecture s’inspire des rizières en terrasses, capte le vent, la pluie, la lumière. Les bâtiments filtrent l’air, réduisent la climatisation, accueillent habitants et travailleurs dans un véritable écosystème. Une forêt qui travaille pour la ville. Et inversement.



Et si on ramenait cette philosophie dans nos intérieurs?
Singapour ne regarde pas la nature comme un souvenir à protéger sous cloche. Elle la considère comme une direction à suivre.
Évidemment, tout le monde n’a pas un gratte-ciel sous la main ni 37 000 m² pour recréer une forêt tropicale au centre du salon. Et ce n’est pas le sujet.
L’enseignement de Singapour n’est pas une question d’échelle, mais d’intention.
Dans nos maisons, nos rénovations, nos projets, petits ou grands.
Décorer autrement, c’est peut-être ça :
• arrêter de dominer l’espace,
• apprendre à le faire respirer,
• laisser le vivant reprendre sa juste place.
Parce qu’au fond, une maison heureuse… c’est un lieu où la vie circule. 🌱
Décorer autrement, dans un appartement ou une maison, c’est commencer par se poser une question simple: Où est le vivant dans mon intérieur ?
Pas la plante posée là “pour faire joli”, mais le vivant comme élément structurant du projet.
Concrètement, cela peut vouloir dire :
• penser une plante comme on pense un meuble important : emplacement, lumière, respiration
• utiliser des matériaux naturels qui évoluent avec le temps (bois, lin, terre, chaux…) plutôt que des surfaces mortes et figées
• laisser circuler l’air et la lumière au lieu de tout cloisonner
• créer des micro-jardins intérieurs, même modestes : une étagère végétale, une suspension, un coin qui devient un petit refuge chlorophyllé
Singapour nous montre que le végétal n’est pas une décoration de fin de chantier. C’est un partenaire de conception.
Et en tant que spécialiste du design biophilique, ça me fait tellement plaisir de voir cet exemple XXL à la mesure d’un pays!




Et si l’on allait encore plus loin ?
Et si, comme là-bas, chaque mètre carré “pris” par nos choix décoratifs devait être “rendu” au vivant, d’une façon ou d’une autre ?
Un équilibre. Une respiration. Une forme de politesse envers la nature… et envers nous-mêmes.
Parce qu’au fond, vivre dans un intérieur plus végétal, plus naturel, plus respirant, ce n’est pas une tendance.
C’est une manière douce et joyeuse de prendre soin de soi.
Et ça, Singapour nous le rappelle avec une élégance redoutable :
le bonheur pousse très bien, même en ville, à condition de lui laisser de la place. 🌿
Et vous, vous avez du vivant chez vous?
Pour aller plus loin sur le design biophilique c’est par ici 👉


